Stratégies efficaces

Que ferons-nous pour aider nos élèves à apprendre?

« La question n’est pas de savoir s’il est possible pour tous les élèves de réussir, mais plutôt de savoir si notre enseignement le permet vraiment. »
Deborah Meier, 2014

De quoi s'agit-il?

Les stratégies d’enseignement font référence aux actions que posent les enseignants pour favoriser l’apprentissage (p. ex. : fournir des rétroactions descriptives, utiliser du matériel qui permet la manipulation ou l’expérimentation, donner des exemples et des contre-exemples, modéliser une stratégie ou un comportement, demander aux élèves d’expliquer leur démarche ou leur raisonnement, recourir à l’apprentissage coopératif, animer en classe une activité avec un collègue). Dans une école qui fonctionne en communauté d’apprentissage professionnelle (CAP), les membres du personnel scolaire croient que tous les élèves peuvent apprendre et réussir s’ils bénéficient d’un enseignement efficace. Une stratégie est dite efficace lorsque des données d’observation et des données de la recherche prouvent qu’elle produit le résultat attendu, soit l’amélioration des apprentissages.

Une stratégie appuyée par des données d’observation

Dans une école qui fonctionne en CAP, les enseignants recueillent des données d’observation qui leur fournissent de l’information sur le progrès réalisé par les élèves. Sur la base de cette information, ils émettent des hypothèses quant à l’efficacité des stratégies d’enseignement qu’ils ont utilisées. Au fur et à mesure que de nouvelles données sont recueillies et analysées, ces hypothèses peuvent se confirmer et éventuellement constituer la « preuve » qu’une stratégie d’enseignement en particulier se révèle efficace ou non. Cette preuve est plus solide lorsque les effets associés à la stratégie en question ont été observés chez plusieurs élèves, à plusieurs reprises par le même enseignant ou par plusieurs enseignants de la même école ou d’écoles différentes.

Une stratégie appuyée par des données de recherche

Les connaissances issues de la recherche scientifique fournissent des informations à propos des stratégies d’enseignement qui sont efficaces pour l’apprentissage des élèves. Dans une école qui fonctionne en CAP, les membres de l’équipe collaborative demeurent à l’affût de ces connaissances et en tiennent compte pour choisir les stratégies qui ont le plus d’impact sur l’apprentissage des élèves. Voici quelques exemples de ressources qu’ils peuvent utiliser : des articles de vulgarisation scientifique (RIRE), les écrits de John Hattie, des trousses d’intervention appuyées par la recherche (p. ex. : PRIME en mathématiques, Trousse d’intervention appuyée par la recherche produite par le Réseau canadien de recherche sur le langage et l’alphabétisation), les outils produits par des conseillers pédagogiques.

Quoi faire?

Dans une école qui fonctionne en CAP, les membres du personnel scolaire travaillent ensemble plutôt que de manière isolée pour arriver à fournir un enseignement de haute qualité dans un contexte où les besoins des élèves sont très variés et où les ressources s’avèrent limitées. C’est en équipe collaborative qu’ils analysent régulièrement des données d’observation et qu’ils répondent aux deux questions fondamentales suivantes : « Que ferons-nous avec les élèves qui n’ont pas appris? » et « Que ferons-nous avec les élèves qui ont appris? ».

Ils prennent la responsabilité collective d’aider chaque élève à apprendre en recourant aux stratégies d’enseignement efficaces qu’ils ont déterminées lors de leurs discussions et en développant un système d’intervention efficient (p. ex., à niveaux multiples) qui permet d’offrir autant de l’aide supplémentaire que des occasions d’enrichissement. La mise en place d’un tel système, qui veut optimiser l’utilisation des ressources disponibles dans l’école, implique des changements structurels liés à l’horaire ainsi qu’aux rôles et responsabilités des membres de l’équipe-école.

Au cours de leurs rencontres, les membres de l’équipe collaborative décrivent les stratégies d’enseignement qu’ils ont utilisées pour favoriser l’apprentissage (Qu’est-ce qu’on a fait?), ils discutent à propos de stratégies efficaces (Qu’est-ce qui est efficace?) et ils choisissent celles à expérimenter pour aider les élèves à réaliser des progrès (Que ferons-nous?). Partager ses façons de faire pour prendre les meilleures décisions pédagogiques et améliorer les pratiques de façon continue fait partie intégrante de la culture de l’école qui travaille en CAP.

Qu'avons-nous fait?

Les membres de l’équipe collaborative décrivent les stratégies d’enseignement qu’ils ont utilisées ou les interventions qu’ils ont mises en place pour aider les élèves à réaliser les apprentissages essentiels ciblés. Ils discutent ouvertement de ce qu’ils ont fait en classe pour déterminer les stratégies qui ont le plus d’impact sur le progrès des élèves.

QUESTIONS DE RÉFLEXION

  • Sur quoi avons-nous travaillé avec les élèves?
  • Qu’avons-nous fait pour favoriser l’apprentissage? Qu’avons-nous fait ensemble? Qu’avons-nous fait de la même façon? Qu’avons-nous fait différemment?
  • Qu’avons-nous fait pour tous les élèves? Qu’avons-nous fait pour ceux qui avaient besoin d’aide supplémentaire? Qu’avons-nous fait pour ceux qui avaient déjà atteint l’objectif d’apprentissage?
  • Quelles ressources (p. ex. : soutien d’un autre enseignant ou d’un professionnel, matériel pédagogique) avons-nous utilisées?
  • Comment allons-nous répertorier les stratégies utilisées?

Qu’est-ce qui est efficace?

À partir des données d’observation qu’ils ont analysées, les membres de l’équipe collaborative formulent des hypothèses en ce qui concerne l’efficacité des stratégies utilisées. Par exemple, « si nous avons tous utilisé la stratégie A de la même façon et que la majorité de nos élèves ont appris, alors la stratégie A est efficace », « si l’enseignant X est le seul de notre équipe à avoir utilisé la stratégie B et que les élèves de sa classe ont appris plus que les autres, alors la stratégie B est efficace », « si l’intervention C a été réalisée pour tel groupe d’élèves et que ces élèves ont réalisé des progrès, alors l’intervention C est efficace ». Les membres de l’équipe collaborative s’informent aussi de la recherche pour découvrir des stratégies reconnues efficaces qui pourraient répondre aux besoins des élèves et appuyer leurs décisions pédagogiques.

QUESTIONS DE RÉFLEXION

  • Quelles stratégies ont été efficaces? Comment le savons-nous?
  • Quelles stratégies n’ont pas été efficaces? Comment le savons-nous? Comment pourrions-nous rendre ces stratégies plus efficaces? Qu’en dit notre expérience? Qu’en dit la recherche?
  • Quelles autres stratégies pourrions-nous utiliser? Qu’avons-nous développé dans l’école qui s’est avéré efficace? Qu’en dit la recherche?
  • Comment allons-nous répertorier les stratégies qui ont produit les meilleurs résultats?

Que ferons-nous?

Les membres de l’équipe collaborative conviennent de ce qu’ils feront pour aider les élèves à apprendre. Ils émettent différentes idées liées aux stratégies (garder, améliorer ou expérimenter), au matériel pédagogique nécessaire et à l’organisation du travail (p. ex. : qui fait quoi, quand). Ils discutent aussi de la façon de s’approprier les stratégies choisies. Puisque, dans une école qui fonctionne en CAP, le partage d’expertise est le moyen privilégié de développement professionnel, on y voit souvent un enseignant qui explique à ses collègues de manière détaillée ce qu’il fait avec les élèves ou un enseignant qui observe son collègue en train d’enseigner pour apprendre à utiliser une stratégie (modélisation). Les membres de l’équipe collaborative peuvent aussi recourir au soutien d’un conseiller pédagogique ou bénéficier d’une formation lorsque cela est nécessaire.

QUESTIONS DE RÉFLEXION

  • Quelles stratégies d’enseignement allons-nous utiliser? Avons-nous une compréhension commune de celles-ci? De quoi avons-nous besoin?
  • Que va-t-on enseigner à l’ensemble des élèves? Quelles stratégies allons-nous utiliser avec ces élèves?
  • Comment regrouper les élèves sur la base de leurs besoins d’apprentissage? Quelles stratégies allons-nous utiliser avec chaque sous-groupe d’élèves?
  • Qu’allons-nous faire pour soutenir l’apprentissage des élèves qui ont besoin d’aide supplémentaire? De ceux qui ont besoin d’enrichissement?
  • Comment allons-nous utiliser les ressources à notre disposition?
  • Comment organiser le travail (horaire, rôles et responsabilités, etc.)? Comment utiliser les forces de chaque membre de l’équipe?

Système d’intervention à niveaux multiples

Un système d’intervention à niveaux multiples est conçu pour favoriser l’apprentissage et la réussite de tous les élèves en utilisant les ressources disponibles dans l’école de façon optimale. Traditionnellement, ce système aussi connu sous le nom de modèle de réponse à l’intervention (RAI) est représenté visuellement par une pyramide qui comprend trois niveaux. Le premier niveau renvoie aux interventions réalisées en classe pour aider l’ensemble des élèves à réaliser les apprentissages essentiels qui ont été ciblés par les membres de l’équipe collaborative. La majorité des élèves atteignent les objectifs d’apprentissage lorsqu’un enseignement de qualité est offert au niveau 1, c’est-à-dire lorsque des stratégies efficaces sont utilisées. En voici quelques exemples : fournir des rétroactions descriptives, utiliser du matériel qui permet la manipulation ou l’expérimentation, donner des exemples et des contre-exemples, modéliser une stratégie ou un comportement, demander aux élèves d’expliquer leur démarche ou leur raisonnement, recourir à l’apprentissage coopératif, animer une activité en classe avec un collègue. Mais certains élèves auront besoin d’aide supplémentaire pour réaliser les apprentissages nécessaires à leur réussite. Ce sont les données d’observation recueillies et analysées régulièrement qui permettent aux membres de l’équipe collaborative de reconnaître ces élèves et d’intervenir rapidement.

Le deuxième niveau de la pyramide représente les interventions qui concernent certains élèves ou sous-groupes d’élèves qui ont besoin d’aide supplémentaire pour réaliser les apprentissages essentiels ciblés. Ces interventions s’ajoutent à celles du niveau 1. Dans une école qui fonctionne en CAP, les enseignants et les professionnels conviennent des stratégies à utiliser avec les élèves qui ont besoin d’aide supplémentaire (p. ex. : enseignement en petits groupes, tutorat par les pairs, utilisation de logiciels qui soutiennent l’apprentissage) et ils en font ensemble la planification. Alors que certaines interventions du niveau 2 peuvent être prises en charge par l’enseignant dans sa classe, d’autres nécessitent le soutien de collègues ou de professionnels (p. ex. : autres enseignants, techniciens en éducation spécialisée, orthopédagogues, orthophonistes, psychoéducateurs, psychologues). Dans tous les cas, les membres de l’équipe collaborative partagent la responsabilité d’aider les élèves qui ont de la difficulté à réaliser les apprentissages essentiels ciblés. Le niveau 2 de la pyramide peut aussi renvoyer aux occasions d’enrichissement qui sont offertes aux élèves ayant déjà atteint les objectifs d’apprentissage.

Au troisième niveau, des interventions plus individualisées et intensives sont réalisées auprès des élèves qui, en dépit des moyens pris aux deux autres niveaux, ne parviennent toujours pas à réaliser les apprentissages ciblés. Ces interventions peuvent être prises en charge par les professionnels.

Dans une école qui fonctionne en CAP, les membres de l’équipe collaborative développent une expertise collective qui maximise l’efficacité des stratégies utilisées au premier niveau de la pyramide. Ils font appel à des interventions des niveaux suivants seulement lorsqu’ils ont tiré profit de cette expertise collective, ce qui permet d’optimiser l’utilisation des ressources disponibles dans l’école.

À considérer pour le choix des interventions : mieux comprendre les besoins des élèves

Lorsque l’analyse des données d’observation révèle que certains élèves n’ont pas appris, les membres de l’équipe collaborative conviennent de stratégies efficaces à utiliser pour les aider. Ils tentent aussi de mieux comprendre la situation de ces élèves qui présentent des difficultés en répondant aux deux questions suivantes : « Quelles autres observations avons-nous faites en ce qui concerne les élèves qui n’ont pas appris (p. ex. : problème lié au comportement, absentéisme)? » et « Pourquoi ces élèves présentent-ils des difficultés en ce moment? ». Les rencontres en équipe collaborative permettent aussi d’élucider ces situations particulières qui peuvent nuire aux apprentissages de certains élèves et de préciser leurs besoins (p. ex. : établir une relation de confiance avec un enseignant ou avec des pairs). La compréhension de ces besoins peut orienter le choix d’une stratégie efficace plutôt qu’une autre pour favoriser l’apprentissage.